Un campement plurimillénaire perché à plus de 2700 m sur les pentes du Toûno (St-Luc)

Le Toûno, flanc sud : vue sur le replat à 2765 m d’altitude, qui accueille de nombreuses structures en pierre sèche visibles. Vue vers le sud-ouest (© Tristan Allegro)

En 2021 et 2022, l’AVA-WAG a participé à un projet de prospection puis de fouille en haute altitude qui s’est déroulé dans le cadre d’un master à l’Université de Lausanne.

L’existence de ruines, sur un replat sur le flanc sud du Toûno à 2765 m d’altitude, est signalé pour la première fois à l’Office cantonal d’archéologie en 2018 par Lambert Zufferey, un ingénieur et un passionné de l’histoire d’Anniviers.

Leur localisation interpelle immédiatement les archéologues puisqu’elles se trouvent dans un endroit reculé et largement au-dessus de la limite actuelle de la forêt, privé de toutes ressources (eau, nourriture, bois). Leur nombre questionne également. En effet, 50 structures en pierre sèche sont recensées. Ces structures de forme circulaire ou quadrangulaire et marquées au sol par des murets plus ou moins effondrés constituent le négatif d’emplacement de tentes.

N’ayant aucune information quant à la datation et la nature de ces vestiges, un projet de recherche porté par l’association RAMHA et l’ARAVA est mis sur pied en 2021 afin de réaliser une campagne de fouilles et de prospections. Le projet bénéficie du soutien financier de nombreuses associations, institutions et fondation, dont l’AVA-WAG.

Les recherches sur le terrain ont permis de mettre en évidence des foyers, majoritairement localisés contre le muret intérieur. Des objets, témoin du nécessaire à la vie ou plutôt à la survie dans de telles conditions, ont également été découverts.

Les éléments de datation basés sur la typologie des objets et des datations radiocarbones (C14) forment un cadre cohérent qui se place dans la seconde moitié du premier siècle avant J.-C., soit entre 40 et 10 avant J.-C. Cet intervalle chronologique est particulièrement intéressant car il s’intègre dans une période au cours de laquelle le Valais est progressivement intégré à l’empire romain, dans des circonstances méconnues.

La comparaison avec des sites de haute montagne similaires localisés dans les Alpes valaisannes et en Vallée d’Aoste, ainsi que les objets archéologiques trouvés sur le site permettent de proposer l’hypothèse que ce campement aménagé sur le flanc sud du Toûno a été occupé par des soldats et/ou des auxiliaires de l’armée romaine. Leur présence sur les hauts de St-Luc restent en suspens. On peut postuler que ce campement a servi de camp d’étape (« étape-bivouac ») dans le cadre de déplacements de troupes à travers les Alpes valaisannes.

Un article résumant les découvertes sur le Toûno est paru en 2025 dans l’Annuaire d’archéologie suisse. Pour en savoir plus : https://zenodo.org/records/15295270

Le Toûno : vue sur le négatif d’un emplacement de tente en bord de falaise. Vue vers le sud-ouest (© Tristan Allegro)

Tristan Allegro